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Nos affiches
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Contre les violences faites aux femmes :

Brisons le silence, Organisons nos résistances !

Le deuxième Café[1] de Femmes en lutte 93 a eu lieu le 4 novembre pour préparer le 25 novembre 2017, journée internationale contre les violences faites aux femmes. Avant de parler de nos projets et de faire des ateliers, la vague de témoignages déclenchés par l'affaire Weinstein nous imposait de discuter ensemble sur ce sujet de violences. Jusque là, nous avions choisi de ne pas réagir sur les réseaux sociaux, certaines d'entre nous n'ont pas facebook, twitter ou même de mail. Il nous semblait surtout important d’être ensemble pour témoigner, pour ne pas être renvoyée seule à nos vécus et nos traumatismes. Nous voulions débriefer dans un cadre sécurisant.  Voici le fruit de notre discussion.

#MeToo : nous aussi, nous sommes concernées !

Nous avons entendu parler dans les médias de l'affaire Weinstein puis des nombreuses affaires qui ont suivi cette libération de la parole. Pour celles qui sont sur les réseaux sociaux, nous avons lu les témoignages bouleversants et révoltants grâce aux hashtags #MeToo, #MoiAussi#BalanceTonPorc ...

Les copines d'enfance, les cousines, les sœurs, les collègues, les copines, les camarades militantes … les violences touchent toutes les femmes, de tout âge, y compris les petites filles. Nous sommes toutes concernées. Nous avons toutes des souvenirs, des expériences, plus ou moins enfouis. Nous avons vu que ce mouvement très médiatisé alimentait les discussions dans les familles, dans les boîtes, dans nos espaces militants... Les femmes parlent et c’est positif. La première étape est bien de briser le silence et s’attaquer à cette chape de plomb de la honte et de la culpabilité qui nous fait garder pour nous les horreurs du patriarcat. Ces témoignages par centaines ont montré que toutes les femmes sont concernées, on mesure l'ampleur de ce qu'on savait déjà intimement.

Des copines ont ressenti quand même de l’ amertume en constatant qu'il faille attendre que le scandale éclate à Hollywood, dans le cercle de la bourgeoisie artistique, pour que nos voix puissent être enfin entendues. Le scandale, la loi du silence et la protection des agresseurs/violeurs, c’est pour nous, tous les jours. Dans nos familles, à l’ école, au travail, dans le métro, dans la rue .... par des hommes qui ont le pouvoir de briser nos vies. Cette violence que nous subissons, elle ne nous quitte jamais. Harcèlement, « petites » agressions quotidiennes, attouchements, viols... nous sommes toutes concernées par les violence sexiste et sexuelles. Certaines d'entre nous sont des survivantes de viol.  Nous ne sommes donc pas toutes victimes de la même façon, mais nous nous devons d'être solidaires face à toutes ces violences.

C'est à vie que nous sommes marquées ; que nous sommes dans cet enclos qui ne nous laisse jamais en paix. Cet enclos va chez certaines copines  jusqu'à contraindre notre façon d'être, d'évoluer dans l'espace, de communiquer avec les autres pour éviter la confrontation avec cette violence. Cet enclos va pour certaines d'entre nous juqu’au syndrome post traumatique qui nous fait vivre dans la peur et l’angoisse, sans avoir un contrôle sur ces émotions qui nous bouleversent. Cet enclos, ce sont les cicatrices physiques et émotionnelles que nous portons comme des poids qui entravent notre construction, notre équilibre, notre confiance. Comme l'a dit une de nos copines : vivre dans la violence, c'est nous empêcher de vivre en paix.

Nous sommes féministes de lutte de classe et antiracistes !
C'est encore plus impossible à vivre quand on se retrouve prise en étau dans les contraintes de vie multiples :  nous ne sommes pas des femmes de la bourgeoisie, mais bien des classes populaires, subissant pour certaines le racisme et les LGBTphobies. Que faire quand on a des enfants ? Quand on est sans papiers ? Quand on risque de perdre son  travail et de ne plus pouvoir nous assumer financièrement ? Les agresseurs savent que nous ne gérons rarement que nous même et savent que cela nous met dans des situations impossibles.

Nous assumons notre ligne féministe. Nous avons toujours refusé de devoir choisir entre nos combats féministes, lutte de classe ou antiraciste.[2] Nous combattons le sexisme partout où ils se trouve, nous n’avons pas peur d’être instrumentalisées car nous avons toujours refusé de servir de caution féministe aux racistes et islamophobes. L'affaire autour de Tarik Ramadan nous as confortée dans notre ligne. Nous refusons de participer à la kabbale contre les victimes : leur parole est légitime. Même si beaucoup ont eu peur et ont été révolté par l'instrumentalisation médiatique de ces affaires, nous ne défendrons aucun agresseur. C'est clair que le traitement médiatique de tous bords contre Tarik Ramadan est insupportable : il est  attaqué  dans les médias non pas comme agresseur mais comme musulman. Cette récupération raciste enferme les femmes racisées et de quartiers populaires dans le silence lorsqu'elles sont victimes de violences, par peur de cet acharnement contre les hommes noirs, arabes et/ou musulmans, vu comme des sauvages sexistes. Dénoncer pour les femmes, c'est donc s'exposer au double retour de bâton : celui des violence patriarcales si on parle ; celui des violences racistes si on parle. 

Nous condamnons tous les prédateurs, blancs ou non. Ces débats houleux dans le camp antiraciste notamment autour de cette histoire, nous conforte dans notre féminisme. Quant à Tarik Ramadan et tous les agresseurs : nous n'avons pas besoin d'eux pour poursuivre nos combats.

Agresseurs, harceleurs, violeurs : hors de nos vies militantes !

Cette affaire nous rappelle aussi que dans le milieu militant, nous ne sommes pas préservées. Tarik Ramadan était en plus une sorte de « star » pour beaucoup de militants et de collectifs. Ça nous questionne que cette starification de certains militants, avec le pouvoir que ça implique pour eux. Que faire quand on est militante agressée par un soi-disant militant, car là aussi, c'est la double peine à tous les coups ? Là encore les témoignages des militantes sont édifiants. Si on dénonce nos agressions, nos viols : on subit pressions, insultes, on remet en cause notre parole etc ... : on part du principe de la présomption d'innocence des agresseurs. On en appelle à la justice et sa police bourgeoise raciste et sexiste pour juger ! Mais quelle blague. Les femmes se retrouvent encore dans cet enclos : soit on arrête de militer pour se protéger ; soit on continue de militer, mais en se taisant et culpabilisant. C'est une véritable double peine. Et pendant ce temps là, les hommes vivent et militent en paix.

Mais que fait la police : la victime sur le banc des accusés !
On nous dit aussi : il faut aller voir la police. Alors déjà, que fait la police. Si elle prend la plainte, dans le cadre d'une violence au foyer, on se retrouve en tête à tête avec l'agresseur qui sait que l'on a porté plainte. Dans le cas d'agressions sexuelles et de viols, on sait que commence pour la survivante un interrogatoire  avec remise en cause de la parole des victimes, des blagues salaces, à caractère sexuel rajoutant l'humiliation au traumatisme. Pour les femmes sans-papiers, aller à la police c’est se mettre doublement en danger, avec la peur d'être arrêtée. Enfin, pour les mères de famille, la peur de mettre ses enfants face aux flics, de leur faire supporter leurs violences et leurs racismes, est un obstacle réel. Alors, beaucoup trop de femmes se taisent et l’impunité reste totale. Bien sûr, nous soutenons et comprenons les femmes qui prennent le chemin judiciaire pour se réparer. Mais nous soutenons aussi les femmes qui le refusent ou abandonnent en chemin.

Nous constatons de toute façon, que au delà des sanctions juridiques, il n'y a aucune sanction sociale : Cantat fait la une des Inrocks ; Polansky est célébré dans une rétrospective à la Cinémathèque ;  les agresseurs militants défilent tranquillement en manifestation, prennent la parole en AG, continuent d'agresser des femmes. Tranquille. Pour les femmes qui parlent, c'est une autre histoire. Le déferlement de jugements et des violences reçues  par les personnes qui dénoncent leurs agresseurs nous renforce dans l'idée qu'on a besoin d'un refuge. 

Notre refuge : notre collectif féministe !

En se réunissant entre femmes, nous sortons de cet enclos où la société et le pouvoir patriarcal nous enferme. Notre collectif féministe : c'est notre refuge. Ce que nous savons c'est qu'on a raison d'être féministes et on a raison d'être organisées. Nous sommes heureuses de nous retrouver ici aujourd'hui pour pouvoir échanger sur ce que cette campagne #MeToo a déclenché chez nous, en connexion avec nos propres violences subies, par nous et nos proches.

La deuxième partie du café était structuré en ateliers, pour transformer toute cette parole en acte collectif ! Un atelier de théâtre forum a permis à chacune de proposer des images représentant des situation quotidiennes de sexisme et de violence sexiste. Il s'agissait ainsi de s'aider entre victimes, pour réfléchir à des solutions d’auto-défense pour se protéger de son agresseur. On a pu interroger notre rôle lorsque l'on est témoin de violences sexistes et sexuelles et trouver ensemble, par le jeu théâtral, nos meilleures défenses.

Un autre atelier a préparé un mur d’expression qui sera mis en place à Saint-Denis le matin du 25 novembre 2017, devant la mairie de Saint-Denis ! Venez « transformer ce silence en paroles et en actes »[3] avec nous !
On vous en dis plus dans quelques jours !

Vidéo de nos actions du 25 novembre 2016

Tag(s) : #Sexisme et violence
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