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Lycéenne des quartiers populaires contre les violences sexuelles : Témoignage de Joyce.

En juin 2019, nous avons participé comme jury à un concours d'éloquence, organisé dans un lycée de Saint-Denis. Nous avons pu entendre des dizaines de lycéen.ne.s prendre la parole pour dénoncer le sort des migrant.e.s, des femmes, des banlieusard.e.s, l'islamophobie, la grossophobie , la négrophobie ....

La lauréate, Joyce, a émue les centaines de jeunes présents et les adultes, en osant raconter son agression sexuelle, les conséquences de cette violence sexuelle sur son corps, son psychisme. Avec une lucidité révoltante, elle décrypte les responsabilités des agresseurs mais aussi de cette société qui fabrique l'impunité des agresseurs.

En ce jour du 25/11, journée de lutte contre les violences faites aux femmes, ce témoignage nous semblait plus fort qu'une déclaration politique.

Un texte à lire. Un texte fort qui nous rappelle que "Nos quartiers ne sont pas des déserts féministes" et que les jeunes filles, sont aussi victimes de ces violences. Mais ce sont aussi des survivantes, des battantes qui veulent changer cette société.

Le Schiapablabla bourgeois, on en n'en veut plus ! 

On n'a pas juste besoin de un milliard pour les associations !

On a besoin que les femmes et les jeunes filles des quartiers populaires s' organisent pour définir leurs besoins et être à la pointe du mouvement féministe et antiraciste.

Nos quartiers ne sont pas des déserts féministes !

 

 

L’O.P.J posait des questions à Aurélie du genre : « Si tu as attendue 7 mois pour en parler c’est que tu as aimé alors ? ». Tout son corps s’était glacé quand elle lui avait dit ça, devant sa mère là, elle ne savait quoi répondre

 

-Wah téma la meuf là-bas elle a un cavu

-Ah ouais attend, attend je l’appelle

-Eh envoie ton snap en bal là !

-De toute façon t’es une pute vas-y casse toi

 

 

Bonjour et voici comment sont traitées les femmes dans la société. Femme signifie objet pour certains et soumise pour d’autres.

Les femmes sont moins bien payées que les hommes ? Mais ce n’est pas grave puisqu’elles ont moins de qualités qu’eux.

Les femmes se font siffler dans la rue ? Mais c’est normal regardez comment elles sont vêtues : elles mettent des décolletés, des habits moulants, elles le cherchent non ?

Les femmes sont victimes d’attouchements sexuelles ? Mais c’est normal elles ne ripostent pas quand on leur en fait, elles aiment ça non ?

 

La France est un pays où tous les Hommes avec un grand H sont égaux en tout cas c’est ce qu’ils disent.

Liberté mais certaines femmes sont enfermées.

Égalité mais elles ne sont pas payées pareil.

Fraternité mais elles se débrouillent souvent seules personne ne leurs vient en aide la plupart du temps.

 

L’État ne lutte pas assez contre les agressions sexuelles, durant les années précédente il y a eût une forte hausse de plaintes et une chute de condamnation. Je ne comprends plus rien. 52 400 femmes ont été victimes d’agression autre que le viol et plus d’un demi-million de femmes ont été agressées par un membre de leur famille, ou un proche. Mon amie, c’est ce qu’il lui est arrivée.

Vous connaissez cette situation gênante les filles : quand un de vos parents vous dit : « Lui c’est le frère de l’ami à la sœur de la tante à ta cousine et puis au village la y’a Tanti … » bref tu as l’impression que cela va jamais finir et en plus tu comprends que ce n’est même pas quelqu’un de ta famille, c’est juste un ami, mais bon chez nous c’est comme ça. Vient le moment où il te dit « Moi tu m’appelles tonton ma fille », c’est à cette instant précis que tout se joue. Toutes les filles savent de quoi je parle ici, et la chose qui déclenche tout c’est quand il te regarde de haut en bas. À cette instant précis là tu ne sais quoi faire, t’as envie de t’enfuir, mais tes parents te diront que c’est un manque de respect envers les grandes personnes, donc tu ne peux rien faire, tu dois sourire et faire comme s’ il ne se passait rien.

Parfois quand on regarde des témoignages ont ce dit « Non mais elle abuse ce n’est pas aussi marquant que ça ».

 

Mon amie qu’on appellera Aurélie désormais c’était la première à le dire quand elle regardait des documentaires du genre « agressions sexuelles, que sont devenues les victimes » sur TF1 le dimanche soir.

Pendant 5 mois pas un seul petit mot n’est sorti de sa bouche concernant cela, rien que d’y penser elle faisait des crises d’angoisse et tout le monde se demander pourquoi. Même dans 10 ans elle verra encore les scènes telles qu’elles se sont déroulées : les gestes, les habits, les lieux, le temps, l’heure, les expressions du visage, tout lui revient. On qualifie cela de stress post- traumatique.

La loi n*2018 703 du 3 août 2018 stipule que « Tout acte de pénétration de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, ou surprise (à une) peine encourue de quinze ans de prison, qui peuvent passer à 20 ans en cas de circonstances aggravantes ». Figurez-vous que cela fait maintenant 2 ans qu’elle a porté plainte et il ne sait absolument rien passée car la justice n’est pas ce qu’elle prétend être.

 

Heureusement qu’elle a une famille et des amies qui la soutienne sinon je peux vous assurer qu’elle aurait finit dans un hôpital psychiatrique. Par ailleurs il y a quelque chose qui me choque fortement dans le code pénal on trouve une loi qui nous dit que : « La production ou la fabrication illicites de stupéfiants sont punies de 20 ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d’amende » pour une bande organisé ou bien pour un seul individu. Vous avez entendu la peine encourue ? Cela ne vous choque pas ? Un trafic de stupéfiant est plus considéré qu’un viol aux yeux de la loi. Je ne dis pas que la fabrication illicite de stupéfiants est tolérable je dis seulement que la loi est incompréhensible.

 

 

Quand vous allez porter plainte et que vous vous êtes tue pendant 7 mois l’O.P.J en a rien à faire de comment vous vous sentez, comme ils disent si bien « Ils font leur travail ». Après vous avoir longuement écouté vient à son tour de vous poser des questions. Elle vous pose des questions tellement choquantes que même vous, vous posez des questions à vous-même dans votre tête. L’O.P.J posait des questions à Aurélie du genre : « Si tu as attendue 7 mois pour en parler c’est que tu as aimé alors ? ». Tout son corps s’était glacé quand elle lui avait dit ça, devant sa mère là, elle ne savait quoi répondre. En parlant tellement elle bégueyait on pouvait même penser que tout ce qu’elle raconté était purement inventé.

 

Si elle ne le repoussait pas c’est parce qu’elle ne pouvait pas, elle n’y arrivait pas. Si elle ne le disait pas c’est que c’était trop dur d’en parler. Juste d’entendre son nom lui faisait faire des crises d’angoisse vous vous rendez compte de ce qu’elle endurait et de ce qu’elle endure encore ? Parce-que oui même aujourd’hui elle le vit et le sent encore mais c’est moins dur, car elle apprend son esprit à être plus fort que ses sentiments. Ici même, il y a au moins 1 fille sur 2 qui s’est retrouvée dans une situation embarrassante dans laquelle elle ne voulait pas être et je suis ici pour dénoncer cela.

 

 

Son agresseur qui est un ex proche de sa famille. Aurélie le croise encore quelques fois, sa respiration se coupe tellement vite quand elle le croise qu’elle croirait suffoquer et tout le monde la regarde avec une incompréhension totale. Aurélie ne peut échapper à lui car c’est le père de sa cousine qui est née il y a maintenant 2 ans, mais elle passe outre et se dit même que sa petite cousine n’a pas de père.

 

 

Aujourd’hui vous vous demandez tous pourquoi je vous raconte cela et pourquoi j’ai choisi cette histoire-là. Je réponds à votre question cette Aurélie c’est moi.

Je suis ici pour exprimer tout ce qu’une jeune fille endure, je suis ici pour que les jeunes hommes et les hommes qui se tiennent ici se rendent compte réellement de ce qu’ils peuvent causer, je suis ici pour dénoncer, je suis ici non pour vous parler en tant que victime faible mais pour vous sensibiliser car en vérité la société ne réagit pas. Les associations ne suffisent pas, faites bouger les choses car les femmes dans le monde souffrent mais elles ne le disent pas.

 

 

Comme Albert Einstein disait : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laisse faire ».

 

 

Lycéenne des quartiers populaires contre les violences sexuelles : Témoignage de Joyce.

Nous vous attendons nombreuses au Forum pour un Féminisme Populaire, samedi 7 décembre 2019. Deux tables rondes sont proposées : une à partir de notre enquête #TravailDeBonneFemme ; l'autre sur le thème des violences sexistes et sexuelles.

Lycéenne des quartiers populaires contre les violences sexuelles : Témoignage de Joyce.
Tag(s) : #25 novembre, #Sexisme et violence, #Violences policières
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